Les « bobos » : une catégorie… journalistique
« A Paris, l’UMP envoie Jouanno séduire les bobos écolos » (L’Express)… « le graffiti se “boboïse” » (20minutes)… « L’identité nationale ne doit pas être un sujet d’affrontement entre les intellos et les bobos et l’extrême droite. » (Eric Besson, LeJDD)… « Ce marché est tiré par des bobos qui font le maillot jaune, qui lancent les marchés. » (Michel-Edouart Leclerc, sur BFMRadio)
La « notion » de « bobo » va avoir 10 ans, 10 ans qu’elle est toujours abondamment utilisée, comme les résultats de cette rapide recherche sur Google Actualités le laisse apercevoir. 10 ans qu’elle pique les yeux et écorche les oreilles, qu’elle est utilisée à tort et à travers, oh, certes, parfois entourée de jolis guillemets feignant la distanciation critique.
L’occasion, donc de revenir sur ce terme en reprenant de (larges) extraits du texte « “Bobos” et “travailleurs pauvres”. Petits arrangements de la presse avec le monde » signé Xavier de la Porte et publié dans l’ouvrage collectif La France Invisible (dans une partie intitulée « Fausses représentations et imaginaires biaisés »…)
« Bobos » et « travailleurs pauvres ». Petits arrangements de la presse avec le monde, Xavier de la Porte (extraits)
En 2000, David Brooks, rédacteur en chef du Weekly Standard et éditorialiste à Newsweek, publie un livre intitulé Bobos in paradise. Les « bobos » sont selon lui des « bourgeois-bohèmes », « qui ont suivi des études supérieures et qui ont un pied dans le monde bohème de la créativité et un autre dans le royaume bourgeois de l’ambition et de la réussite matérielle ». Ils forment une « nouvelle élite de l’ère de l’information », un « nouvel establishment[1]».
S’il cherche bien à identifier et décrire une nouvelle catégorie sociale, le livre « contient peu de statistiques. Peu de théorie. Max Weber peut dormir sur ses deux oreilles ! Je me suis contenté de décrire comment vivent ces gens en utilisant une méthode qui pourrait être qualifiée de “sociologie comique” ». De fait, le ton est enlevé, drôle et moqueur (même si Brooks l’annonce d’entrée : « J’appartiens à cette catégorie. Nous ne sommes pas si méchants que ça. »). La population décrite est typiquement américaine, le parangon du « bobo » est le couple Clinton « faisant partie des pacifistes des années 1960 et des fanatiques des échanges boursiers des années 1980. Ils sont arrivés à la Maison-Blanche chargés à bloc d’idéaux bohèmes et d’ambitions bourgeoises ».
Avant même la traduction française du livre de Brooks, et malgré l’arrière-plan très américain, la catégorie fait une entrée fracassante dans l’espace médiatique français. À la base, la traduction d’un compte rendu du livre dans Courrier International du 15-21 juin 2000. Un mois plus tard, Libération consacre la rubrique « Tendance mode de vie » de son numéro du week-end aux « bobos »[2]. La journaliste, Annick Rivoire, ancre la catégorie dans un contexte français : « [ils] cultivent une passion pour les légumes bio et les gadgets techno. Ils engrangent les stocks options et soutiennent José Bové à Millau. Ces bohémiens chics veulent avoir les pieds dans la terre et la tête dans le cyberspace. »
Bien que se référant au livre de Brooks, l’article décrit sur le mode du « ils sont comme ci… ils font comme ça… » une catégorie sociale très éloignée des « bobos » américains. C’est la naissance des « bobos » à la française. Un mois plus tard, le magazine Elle, sous la plume d’Alix Girod de l’Ain, consacre à son tour un article aux « bobos »[3]. La journaliste évoque une « nouvelle catégorie sociale » et précise que « l’expression est déjà sur toutes les lèvres ». Peu après, c’est le tour du Parisien, qui parle d’une « nouvelle catégorie socioculturelle[4] », puis de France Soir[5] et du Monde[6]. Mi-novembre 2000 – délai exceptionnellement court dans l’édition -, paraît la traduction française du livre de Brooks. L’« événement » offre l’occasion d’une nouvelle salve d’articles (Libération, Le Nouvel Observateur, Le Monde, Elle, etc.).
Un tournant s’opère avec un article publié dans les pages « Rebonds » de Libération le 8 janvier 2001. Sous le titre « Municipales : les bobos vont faire mal », le géographe Christophe Guilluy utilise le terme de « bobos » pour décrire la nouvelle bourgeoisie de gauche qui s’installe massivement dans les quartiers populaires de l’Est parisien. Il précise que cette population « a évacué la question sociale, et se détermine prioritairement sur des questions ayant trait à la qualité de la vie au bien-être individuel ». Il conclut qu’elle sera un enjeu important de la campagne parisienne.
Cet article, outre qu’il constitue les « bobos » en catégorie politique, offre une caution scientifique à leur existence et élève Christophe Guilluy au rang de spécialiste des « bobos ». Il est interrogé très régulièrement dans les articles qui suivent et pendant toute la campagne des élections municipales parisiennes. Dès lors, la catégorie des « bobos » existe de manière autonome (peu à peu, la référence à Brooks et à son origine américaine disparaît), n’a plus besoin d’être expliquée et s’impose dans des champs qui vont de la consommation (les « produits bobos ») à la politique (les municipales de 2001 consacrent la victoire des « bobos » dans les principales grandes villes de France) en passant par le langage commun.
Une catégorie créée par un journaliste pour les journalistes
Créée par un journaliste, la catégorie « bobo » arrive en France sous la plume des journalistes. Alix Girod de l’Ain, de Elle, se souvient avoir lu le papier de Courrier International. Annick Rivoire, de Libération, est plus précise : « Un jour, avant l’été, une documentaliste m’apporte un entrefilet paru dans Courrier International et me dit : “Toi qui es à l’affût des tendances, ça devrait t’intéresser.” J’ai lu le papier, et j’en ai parlé à mon chef de service qui a tout de suite vu le truc. » De fait, le succès est immédiat. « C’est un des papiers sur lesquels j’ai eu le plus de réactions, se souvient Annick Rivoire. J’ai été très surprise parce que je trouvais le sujet rigolo mais pas fondamental. J’ai reçu des coups de fil de la presse féminine, de télés, de radios, même d’une radio québécoise. C’était invraisemblable. » Le géographe Christophe Guilluy raconte la même histoire : « Le lendemain de mon Rebonds dans Libé, j’étais sur Europe 1 pour expliquer ce que c’était. Et c’est parti très, très vite. J’ai donné énormément d’interviews très rapidement. C’est marrant, parce que c’était une prédiction de la fille qui m’avait interviewé sur Europe 1 : “Vous êtes sur un truc qui va plaire aux journalistes.” »
(…)
Une terminologie scientifique préexistait à la « boboïsation » des quartiers populaires : la « gentrification ». Mais « ce qui est intéressant dans le “bobo”, c’est l’introduction d’une dimension culturelle », dit Christophe Guilluy. C’est l’idée d’une catégorie qui se construit moins sur des niveaux de revenus (même si apparaît un jour dans la presse l’idée que les bobos « gagnent entre 50 000 et 140 000 francs par mois[7] »), que sur un partage de goût. « J’aime beaucoup le travail du sociologue Bernard Lahire, explique Annick Rivoire, qui a bien montré que les anciennes catégories ne fonctionnaient plus. » Elle ajoute : « En France on est encore dans les anciennes catégories. Pour faire mon papier, j’ai appelé Monique et Michel Pinçon-Chariot : ils n’étaient pas très convaincants car, eux, travaillent sur une catégorie ancienne, la très grande bourgeoisie. »
C’est peut-être là l’une des raisons principales du succès des « bobos ». En un seul mot, il devient possible de parler de populations qui n’entrent dans aucune catégorie statistique mais partagent des comportements : vivre dans les quartiers anciennement populaires, voter plutôt à gauche, avoir un souci de l’écologie, des goûts vestimentaires et culinaires néohippie et proches du terroir.
Mais, derrière ce mode de vie qualifié de « bobo », ce sont des populations très différentes qui sont concernées : des cadres et professions intellectuelles supérieures certes, mais aussi des intellectuels précaires, des intermittents de l’emploi et des chômeurs en fin de droit ; des classes moyennes précarisées chassées des centres-ville par les hausse des loyers ; un électorat pluriel allant de la sensibilité social-démocrate à l’extrême gauche, et même l’abstentionnisme. Le problème, c’est donc que « bobo », ça ne veut rien dire. Ou plus exactement, qu’il y a un monde entre le sens, politique, que lui accorde Christophe Guilluy et la perception qu’en garde le sens commun, plutôt péjorative, en tout cas moqueuse, d’une population assimilée à la « gauche caviar » et aux privilèges.
Ceci n’aurait aucune importance si l’hypervisibilisation de la catégorie ne jouait pas comme un masque. Pendant que le terme de « bobo » est utilisé pour railler les contradictions des bénéficiaires du « nouvel esprit du capitalisme » – sans doute réelles chez certains mais tellement minoritaires -, les pages sociales des journaux perdent de vue l’apparition massive de phénomènes à l’œuvre à l’intérieur de cette catégorie fourre-tout : précarisation croissante des professions intellectuelles et, plus généralement, appauvrissement général des classes moyennes. Au-delà, le glissement qui s’est opéré entre le « bobo » à l’américaine et le « bobo » à la française et la connotation très péjorative du terme dans le langage courant (qui explique en partie que personne ne veuille s’y reconnaître) participent à un usage conservateur qui disqualifie d’emblée toute une série de velléités (écologiques, sociales, etc.) immédiatement considérées comme naïves, un peu affectées et de mauvaise foi.
Notes
[1] David Brooks, Les Bobos, Florent Massot, Paris, 2000, p. 12.
[2] Libération, « L’été de tous les bobos », 15-16 juillet 2000.
[3] Elle, « Voici les bobos », 17 août 2000.
[4] Le Parisien, « Le “bobo”, bourgeois, bohème et à la mode », 21 août 2000.
[5] France-Soir, « Les bobos entre Internet et tapenade », 8 septembre 2000.
[6] « Très bourgeois et très bohèmes, les “bobos” entrent en scène », 20 octobre 2000, Le Monde.
[7] Le Figaro, 2 avril 2001.
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- Mes petites écolonomies /elféebulations » Bobo écolo ou…
- Présidentielle 2012: Vous avez dit bobo? (How France’s bobos fell out of paradise) « jcdurbant
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Enfin un article qui dénonce l’imposture et la vacuité du mot « bobo », qui est devenue l’insulte préférée de la droite pour dénoncer ce qui ne pense pas comme elle, et aussi l’insulte préférée du poujadisme pour dénoncer toutes les professions culturelles (y compris les plus précaires)
Ouais, ok, c’est pas une catégorie sociologique, et je pourrais largement rentrer dans la catégorie : au chômage Bac +4 coordonnant bénévolement une asso écolo ; tout comme le publicitaire à (au pif) 6 000 euros par mois ; ou l’artiste précaire qui se fait de bons revenus de temps en temps.
Mais quid de cette gentrification bien réelle d’une population de classe moyenne (dans laquelle j’aurais tendance à ranger le publicitaire et l’artiste – car peut-être un peu (trop) étrangers à moi) qui oscille entre un engagement plus ou moins timide à gauche et un individualisme forcené et qui est en recherche active d’ascension et de reconnaissance sociale ?
J’habite Montreuil, cette population est bien réelle, perceptible de manière empirique mais visible. Mais j’ai peut-être la vue déformée ou trop orientée. A votre avis, que peut-on dire sur cette gentrification alors, illusion ou réalité ?
Merci pour cette analyse très intéressante.
Pour être précis, il s’agit d’une catégorie politico-journalistique …
Je crois que cette gentryfication existe, mais qu’elle a au départ plus à voir avec le capital culturel qu’avec le capital tout court.
Je crois que ce qui se passe à Montreuil est ce qui s’est passé dans l’est parisien il y a déjà longtemps: une population étudiante et/ou artiste, et plutôt festive, en quête d’espaces à bas prix, investit un quartier. Des bars et autres commerces y ouvrent. Le quartier prend une notoriété « branchée » et attire une population aux revenus plus élevés (archis, publicitaires..) et les prix de l’immobilier grimpent. De plus, la population précaire qui avait commencé à l’investir vieillit, s’installe dans la vie, a un peu plus de revenus, des gosses, bref se « gentryfie aussi »! Du coup, avec la hausse de l’immobilier, les habitants les plus modestes sont obligés d’aller voir ailleurs…
Merci pour cet article interessant.
Je n’ai pas beaucoup de connaissances en sociologie ou anthropologie, mais cette article suscite quelques remarques, si je peux me permettre. Je pense que le fait que la definition de « bobo » soit vague est peu precise n’enleve pas l’existence de cette categorie « sociale », de cet etat d’esprit ambigu d’adopter valeurs et ideaux socialo-communistes tout en restant bien au chaud dans son irreductible confort. Il n’y a pas que les droiteux qui utilisent cette appellation comme synonyme de « gauche caviar », les gens de gauche honnetes avec eux memes et leurs principes, tous revenus confondus en ont aussi assez de cette schizophrenie de comportements propres aux centro-gauchistes « mous » et degoulinants de compromis et d’ignorance auto-alimentee et partisane.
Il est commode d’ignorer l’existence des « bobos » lorsqu’ils ne sont qu’une exception, mais allez seulement vivre dans ces repaires ahurissants de monospace et 4×4 neufs, ces havres de consommation exhuberante de stupidite estampillee « bio » hors d’atteinte des gens ordinaires. La voila la vraie racaille, innocente et qui assume. D’apres cet article, Montreuil, l’est Parisien ou plus proche d’ici, la Croix-Rousse et deja le quartier de la Guillotiere a Lyon… Tous ces endroits (du moins a Lyon) connaissent des hausses de prix de l’immobilier de plusieurs dizaines de fois depuis 10 ans, des hausses injustifiees des prix de toutes les denrees alimentaires et produits de necessite et j’en passe.
La diversite culturelle est une necessite pour toute societe, la diversite de classe egalement. Entasser plein de gens similaires dans une meme zone geographique n’amene generalement a rien de bien constructif. Or dans nos centre-villes, sur nos collines, il n’y a plus qu’une sorte d’habitants, ceux qui peuvent se l’offrir sans broncher. Et les autres? Ouste. Avec quelles consequences?
Cordialement,
Avant, on avait l’expression « gauche caviar » qui était plus parlante… là, c’est vrai que l’expression pose problème. Que la droite stigmatise les bobos me fait bien rire, car il ne faut pas se leurrer, ceux que l’on appelle « bobos » votent UMP, même s’ils n’osent pas l’avouer.
Qui vote Besancenot ? Des jeunes plutôt diplômés mais sans emploi ou déclassés. Bourgeois, le sont-ils ? Non, puisqu’ils sont pauvres. Bohêmes ? Oui, mais bien malgré eux !
Et consommer bio est à la portée de tout le monde, franchement.
De plus, il ne faut pas caricaturer : les personnes aux hauts revenus ne s’installent pas dans le quartier pourri de Montreuil, non desservi par les transports et peuplé d’immigrés ; idem, pour l’Est parisien… franchement, il y a peu d’évolution depuis 20 ans. Le clivage social a toujours existé. A Paris, Barbès s’est un peu « boboisé » depuis les années 80 (normal on a détruit les taudis et investit des millions dans la réhabilitation du quartier), mais il n’y a rien de spectaculaire, cela a toujours été un luxe d’habiter un grand appartement haussmanien même situé dans le Xè arrdt.
Donc, oui, je rejoint l’auteur de ce blog, le terme « bobo » est une mascarade, et c’est pour cela qu »il ne fait pas partie de mon vocabulaire.
Quand je lis que les bobos (terme four-tout on est bien d’accord) représente dans l’esprit des français la « gauche caviar », je suppose qu’il est question de ceux qui votent pour le parti socialiste.
Je trouve que le parti socialiste a viré à la bonne droite centriste tout en conservant son nom comme figure de proue, en effet son soutient inconditionnel au néolibéralisme économique et son refus du débat à propos de la Communauté Européenne dans une sorte de positivisme absolu en fond un parti qui s’est très fort éloigné des idées de gauche, espérant ainsi distribuer quelques miettes aux uns et aux autres. Cela fait bien longtemps que le PS français ne se préoccupe plus des ouvriers et des petits employés, cela fait bien longtemps que cette tranche de revenue là n’a plus un mot à dire au sein d’un parti dominé par des gens ayant plus de moyens financiers et issus d’un milieu social n’ayant que peu à voir avec le milieu ouvrier.
Par habitude, le parti socialiste français est positionné par les journaliste sur la gauche de l’échiquier politique même s’il prône un politique de droite, alors que si on le défini au centre droit, les bobos caricaturaux vaguement définis par la presse française deviennent beaucoup plus cohérents : individualistes, ils cherchent à tirer à eux les avantages donnés par la nourriture bio (même si les avantages invoqués sont imaginaires), les avantages des quartiers moins plus populaires (donc moins cher) dont ils finissent par éjecter la population, les avantages des stocks options des entreprises privées (stock option qui sont le principal moyen qui permet de faire l’alliance des investisseurs capitalistes avec les dirigeants d’entreprises), les avantages en nature diverses moins taxés que leurs donnent leurs positions de cadres dans les entreprises et pour finir les avantages que leurs donnent les partis faisant une politique de droite (PS français compris donc).
@Frèd : de rien ; tout le mérite en revient exclusivement à Xavier de la Porte dont je ne fais que recopier le propos.
@Valdo :Merci pour votre commentaire.
Sur la notion de gentrification, il me semble que la « version » que vous proposez là est l’une des nombreuses « versions » possibles. La notion de gentrification, si l’on n’y prête pas attention, cache des processus assez divers, ayant pour origine, par exemple, un « investissement » symbolique et spatial d’un quartier par ce qu’on appelle les « pionniers » (qui, suite à la hausse des loyers, peuvent eux-même se faire éjecter du dit quartier), mais peu aussi être le fruit d’une politique publique de « revitalisation », de « réhabilitation ».
Un ouvrage fort intéressant à ce sujet est celui dirigé par Catherine Bidou-Zachariasen, Retours en ville.
J’avais ici publié une petite note de lecture sur l’un des chapitres, consacré à la ville de Bruxelles.
Pour un bon « dézingage » du livre de brooks, voir l’article d’anne clerval :
http://www.cybergeo.eu/index766.htm…
La France invisible est un très bon livre et cet article en est peut-être l’une des pages parmi les plus intéressantes. On y parle en effet d’une catégorie encore plus invisible que les autres car quasi-inexistante… sauf dans les médias. Une sorte de contre-exemple qui vient conforter l’ensemble du livre.
Les programmes immobiliers de nos promoteurs ont beaucoup tablé sur cette catégorie qui serait nombreuse, quand elle est plutôt étriquée, et pleine aux as, quand on voit les jeunes cadres taper la grand-mère et s’endetter pour trente ans afin d’acquérir un sam’suffit impossible à revendre sans perte colossale.
Dans notre bonne ville de Limoges quelques deux mille appartements neufs attendent un locataire friqué et disposé à casquer un loyer déraisonnable. Quelques six cents maisons individuelles attendent le pigeon qui voudra bien les acheter à un prix dépassant largement les moyens de Monsieur tout le monde. Des centaines d’appartements neufs invendus, reliquats de programmes immobiliers ambitieux, restent toujours à vendre. Tous ces gens ont parié sur la (supposée) vaste classe des bobos pour faire du fric…
Y’a des soldes dans l’air. Les promoteurs tentent aujourd’hui de vendre à 2400 euros le mètre carré neuf qu’ils vendaient 3000 euros voici un an. Pour les logements anciens il est d’usage de négocier le prix demandé. Et il est devenu « normal » d’obtenir une remise de quarante à cinquante pour cent ! Quand le propriétaire, fatigué d’attendre depuis des années la venue d’un hypothétique bobo, se décide à vendre au prix proposé par un acheteur.
On pourrait aussi causer de la déconfiture des magasins de luxe, et de deux ou trois autres détails économiques qui semblent invalider, par d’autres biais que la sociologie ou l’étude des médias, la fumeuse théorie des bobos…
C’est sûrement une catégorie de journaliste même elle peut être pertinente dans un sens restreint. Et ce n’est pas souvent que des segmentations sociales comme ça sont faites par les journalistes !