J'avais lu l'info dans je-ne-sais-plus-quel numéro de Sciences Humaines : le site imageson.org présente une étude anthropologique nommée « Les bouquets funéraires des bords de routes », réalisée par Laëtitia Nicolas :
Bouquets funéraires de bords de route ou « bornes de mémoire ». Par cette expression, j’entends les bouquets (ou tout autre type d’aménagement) posés au bord des routes sur les lieux d’accidents mortels, mis en place pour symboliser le décès d’un individu à un endroit précis. Ce travail anthropologique, réalisé en majeure partie dans le département des Alpes-de-Haute-Provence (entre 2004 et 2006), expose des données recueillies sur le terrain (observations, entretiens), la méthodologie utilisée et propose une analyse de cette pratique de marquage d’une « mauvaise mort contemporaine ». L’accent est mis sur la nécessité d’étudier tous les lieux d’hommage au défunt, démontrant alors que les bornes ne sont qu’une partie visible de tout un ensemble de culte au défunt (autels domestiques, cimetières, sites Internet). Le rapport entretenu avec le végétal (nature et genre des végétaux posés, fréquences de pose, place du symbolique et du pragmatique lors de l’entretien de la borne) y est particulièrement détaillé. De même, les questions de légalité de la pratique (notions d’espace public/privé), de militantisme et d’identité (que ce soit celle du défunt ou celle des poseurs de bornes) sont également développées.
Que ce soit pour l'objet d'étude en lui-même, pour la description du positionnement du chercheur (« Ce terrain a eu pour particularité d’attirer de forts à priori sur la démarche poursuivie (parfois qualifiée de « déplacée »), des jugements rapides à l’emporte-pièce (j’ai souvent été accusée d’être une personne « voyeuriste », ou « cynique »), ou bien encore de fortes réactions morales (« utiliser le malheur des gens pour un plaisir intellectuel malsain ») ») ou pour les outils employés (notamment, et surtout, l'utilisation d'un blog qui a servi de carnet ethnographique), cette recherche mérite vraiment notre attention.
Commentaires
Pas tant le fait d'utiliser un blog, mais de diffuser sur un réseau social tel qu'over-blog.
Cela pose au moins la question si on peut diffuser toute chose via un blog ?
En un sens, il y a là une contradiction dans les représentations :
un blog expose l'intimité du blogueur, c'est le cahier intime ; or, il est présentement exposé l'intimité d'autrui.
Il y a par ailleurs une contradiction entre le particulier et l'usage d'une plate-forme de masse.
On aboutit à un paradoxe :
un particulier expose une masse de particuliers via une plate-forme de masse censée offrir un outil pour exposer son intimité, par définition particulière.
Pour le reste, c'est un travail étonnant ; sur le fond, elle a fait oeuvre de cimmetière, puisqu'elle regroupe toutes ces "tombes" en un lieu.
lucmars