Depuis quelques années, on voit fleurir nombre de livres et de blogs sur ces outils très intéressants que sont la carte heuristique (mind map) et la carte conceptuelle (concept map). Leur point commun est de rompre avec l’approche strictement linéaire à laquelle nous sommes formés durant toute notre scolarité (notamment à travers le fameux « plan en trois parties »), pour ainsi laisser émerger les relations qui, précisément, ne sont pas linéaires et entretiennent entre elles des rapports complexes (ce qui est quasiment toujours le cas en sciences humaines…). Elles jouent aussi sur l’aspect visuel de l’organisation d’idées, censé être plus adapté à la « nature » de notre cerveau.
Rappelons que la différence entre les cartes heuristiques et les cartes conceptuelles réside — pour faire vite — dans l’organisation des idées : hierarchique et arborescente pour les premières, sous forme de réseaux pour les secondes. Très concrètement, et en simplifiant un peu[1], une idée (prenant la forme d’un « nœud » pour employer le vocabulaire informatique) ne pourra être reliée qu’à un seul « parent » dans le cas des cartes heuristiques, alors que les notions même de « parent » et « d’enfant » ne sont pas valides dans le cas des cartes conceptuelles où toute idée peut-être reliée à toute autre.
J’ai pour habitude d’employer un logiciel de mind mapping[2] lorsque je dois écrire un document puisqu’au final, la nature arborescente de cet outil permet un retour à la linéarité du texte écrit. Mais je voulais dans ce billet présenter une utilité des cartes conceptuelles dont je ne pourrais plus me passer aujourd’hui : la « mise en réseau » des articles et ouvrages lus, ou à lire. Jusqu’ici j’étais confronté à deux problèmes récurrents : « dans quel texte avais-je pu découvrir cette superbe idée/ce magnifique exemple ? » et « pourquoi donc avais-je cru nécessaire d’archiver ce document ? ». La carte conceptuelle résoud ce problème. L’idée est simplissime : un article (ou un ouvrage, ou un chapitre d’article) = un nœud ; les nœuds sont reliés entre eux quand l’un des deux documents évoque l’autre (et m’avait donc incité à le lire). Et enfin, l’intérêt de la carte conceptuelle étant également de pouvoir « annoter » le lien reliant deux nœuds, une branche = une idée. Ainsi, non seulement je ne perds plus mes références mais en plus j’ai, résumée en quelques mots, l’idée qui m’avait séduit et poussé à m’intéresser aux dites références.
Concrètement, voici ce que cela peut donner :
Les différentes couleurs des nœuds renvoient ici au statut « lu » ou « non lu » des papiers en question. Cette carte a été réalisée à l’aide du très bon (et gratuit) Visual Understanding Environment (VUE).
J’espère que cette utilisation possible des cartes conceptuelles vous incitera à vous y pencher ; si tel est le cas, je vous recommande chaudement les blogs suivants :
Ainsi que le site Pétillant. Des dizaines d’autres sources d’info existent, je vais laisse les découvrir…
En terme de logiciels (gratuits), je vous propose de regarder du côté de :
- XMind (mind mapping)
- Freemind (mind mapping ; un classique du genre, mais qui, à mes yeux, a perdu tout intérêt depuis que XMind est devenu gratuit et libre…)
- Visual Understanding Environment (VUE) (concept mapping)
- CMapTool (concept mapping)
Évidemment, je serais très content de pouvoir connaître vos propres utilisations de ces logiciels.

Commentaires
Un excellent article, et un usage vraiment intéressant de la carte conceptuelle ! Ca me donne envie de me pencher de plus près à VUE, que j'ai laissé un peu de côté, après quelques essais ....
MarieMerci d'avoir cité mon blog, au passage :)
Bonne article, et oui il faut que VUE soit de plus en plus connue, car c'est un excellent logiciel
fromlugdunumMerci pour vos commentaires.
Le blog de Marie m'a poussé à (re)tester CMapTools et j'avoue me demander si ce dernier logiciel ne serait pas plus pertinent pour un tel usage des cartes conceptuelles : l'affichage en mode "Liste" permet d'ajouter très facilement des documents et les liens les connectant tout en restant en mode "textuel", bien plus rapide à manipuler.
Je n'ai pas trouvé d'équivalent avec VUE (qui est néanmoins très bon et propose de nombreuses fonctionnalités… que je n'utiliserai certainement jamais !)
LunaticBonjour,
je viens de découvrir avec interêt et plaisir votre site.
J'ai découvert le mind mapping en tant que technique de facilitation et d'animation de groupes et d'ateliers. Cela permet de retranscrire en direct la conversation d'un groupe (sur de grands panneaux blancs).
Cela permet au groupe d'avoir une trace visuelle de l'échange qui vient d'avoir lieu et surtout de "capturer" visuellement toutes les métaphores.
Par exemple : quelqu'un dit "On galère sur ce projet" : dessiner des gens dans un bateau.
Dans le jargon cela s'appelle aussi "scribing".
Voici un exemple que j'ai trouvé sur le web.
http://www.mkekre8kamp.com/wp-conte...
Bonne journée !
una ideaMerci pour votre commentaire et pour le lien !
Je ne connaissais pas ce terme de "scribing" ; voilà encore un domaine intéressant à explorer.
LunaticQuelles utilisations possibles des cartes conceptuelles en sciences sociales ? Voici une question que je me pose depuis un bon moment : théoriquement ces outils paraissent très pertinents, mais quand même assez ardus à mettre en pratique... carthographier ses explorations bibliographiques, voici qui est judicieux, je garde cette idée sous le coude ! :)
JonathanSuite à la lecture de votre article, j'ai ressorti et retravaillé quelques notes prises lors de mes propres expérimentations. Cela concernait l'utilisation des cartes conceptuelles pour la transcription d'entretiens, sujet qui me taraude aussi depuis un moment. Les techniques traditionnelles ne satisfaisant pas toujours... j'ai pris alors un peu de temps pour rédiger tout ceci et ainsi apporter ma pierre à la réflexion (http://www.laspic.eu/atelier/058-ca...).
Peut-être aurai-je le plaisir de recueillir votre avis ? Merci en tout en cas, et bravo pour ce blog que j'ai plaisir à lire régulièrement.
Jonathan
Merci Jonathan pour le commentaire !
J'ai écrit un billet rapide qui annonce la publication du tien (entre doctorants en sciences humaines, je propose qu'on se tutoie ;-), avant de voir que tu avais laissé ce message (étrangement classé comme spam par dotclear…)
Je ne manquerai pas de commenter ton billet, et même, plus précisément, de te poser quelques sujets sur cette pratique qui m'intéresse réellement. À bientôt sur ton site, donc !
Lunatic